Atelier 4
Socle commun, diversité culturelle et rapports sociaux
Sarah Goutagny
Docteur de l'E.H.E.S.S. mention Etudes politiques
rue de Piamot 69730 Genay
La sociologie de l'école à l'épreuve du socle commun : des définitions concurrentes de l'individualité
Mots-clefs : violence symbolique, raison graphique, individualisme
Résumé :
L'idée de socle commun réactive frontalement la contradiction entre deux principes de justice qui traverse l'institution scolaire : l'égalité et le mérite. Mais cette ambition politique néglige la réalité de l'inégalité scolaire, que la thèse d'une violence symbolique du système d'enseignement ne suffit plus aujourd'hui à éclairer. C'est qu'il y a une raison intellectuelle plus que sociologique à l'inégalité scolaire, qui doit aux contraintes épistémologiques propres à la raison graphique, parce que l'écriture découvre l'intentionnalité de la parole et inaugure ainsi une économie symbolique de l'insécurité linguistique. Elle produit du même coup une figure inédite de l'individu : celle du sujet capable . Personne n'échappe à cette difficulté intellectuelle. Mais les conditions pédagogiques pour l'affronter ne sont pas choses également partagées, ce dont la littérature scientifique, du rapport Coleman à l'enquête de G. Dannepond, jusqu'à l'empire de la culture médiatique plus récemment, témoigne. Force est de constater, pourtant, que la compréhension actuelle des mécanismes de l'inégalité à l'école, dominée par une sociologie du sujet, méconnaît la portée du tournant anthropologique de l'individualisme qui affecte jusqu'au statut de la transmission à notre époque. Le socle commun apparaît à cet égard comme une tentative nouvelle de démocratiser le système scolaire qui repose, en somme, sur la même méprise que celles qui l'ont précédée, parce que les unes et les autres ne cessent de prendre l'individualité pour un invariant anthropologique.