Atelier 4
Socle commun, diversité culturelle et rapports sociaux.

Nicolas SEMBEL
MCF Sociologie
LAPSAC (Université Bordeaux 2) et IUFM d'Aquitaine (Bordeaux 4).

Sociologie du commun en éducation : socle, culture, monde.

Résumé :

Dans le monde social, la référence au commun a souvent une fonction politique, caractérisée autant par une logique d'unification que d'exclusion. Le commun n'est pas forcément « ouvert à tous » ; au contraire, il peut stigmatiser et exclure, même sous couvert de consensus, voire d'universalisme. Le commun devient dans ce cas communauté.

Dans le domaine de la culture scolaire, le paradoxe est que cette discrimination produite par la référence au commun est à la fois répandue et la plupart du temps acceptée, voire revendiquée. Derrière la façade universaliste percent les hiérarchies sociales et culturelles et les inégalités scolaires. Les notions de « socle commun », de « culture commune », de « smic culturel », ne font pas exception à cette problématique. Slogans plus que concepts, ils constituent des réponses politiques à des questions sociologiques et historiques. Sociologiquement, parler en ce sens de commun , sans autre précision, met de côté l'essentiel des analyses sociologiques sur les inégalités à l'école, d'A. Girard (1962) à M. Duru-Bellat (2002) : en effet, culture et socle communs ne concernent que les élèves (et les parents) de catégories populaires, et pas (ou si peu) les élèves (et les parents) de catégorie favorisée. La question du rapport au commun de ces derniers n'est pratiquement jamais posée, et jamais comme problème. Sont encore moins posées les questions de la diversité culturelle et du multiculturalisme scolaire comme pratiques et comme modèles ; et de la neutralité culturelle de l'école et de ses représentants , comme « éthique » sociologiquement fondée, nécessaire à la construction du seul commun non ethnocentrique et non discriminatoire possible : un monde (scolaire) commun.